La charge mentale, et si on en parlait ?

fallait-demander - CopiePlus de 215 000 partages Facebook, des débats sur France Inter et Europe 1, de multiples articles dans la presse (et pas que féminine !), on peut dire que la fameuse « charge mentale » fait parler d’elle dans les médias… mais aussi (et beaucoup) dans les foyers !
Alors, pour ceux qui vivraient dans une grotte, qu’est-ce que cette fameuse « charge mentale » ? Terme en vogue en ce moment, il a été décrypté par Emma, illustratrice pour le moins féministe, qui l’a mis en lumière dans sa désormais célèbre B.D « Fallait demander ». Bulle après bulle, Emma y dépeint des scènes de la vie quotidienne au sein des couples, qui invitent à la réflexion… et à l’introspection au sein des foyers.

« Les mots justes… » , « Je me sens moins seule… » Nombreuses sont les femmes qui se sont reconnues dans ces dessins, qui les ont commentés, qui les ont partagés et qui ont ensuite échangé avec leur conjoint en provoquant, parfois, le débat au sein de leur petite routine familiale bien rodée.

Mais la charge mentale et les petites angoisses régulières qu’elle suscite sont-elles toujours l’affaire des femmes ?
J’ai lu les planches d’Emma, j’ai écouté le débat de France Inter où elle s’exprimait au côté de Sébastien Dupont, thérapeute familial, et Hugo Gaspard, rédacteur en chef de Darons Magazine. Plusieurs choses m’ont surprise, voire choquée, dans le discours des intervenants à ce débat.

– Les femmes, ces robots multi-taches qui savent (et veulent) tout faire !
En gros et sans même caricaturer, pour Emma, les femmes auraient la capacité suprême de différencier planifier et exécution, contrairement aux hommes. Pire, elles savent faire 10 choses à la fois (même si ça leur prend 10 fois plus de temps).
Et le comble dans tout ça : même si les femmes se plaignent de tout gérer, elles y voient l’occasion d’exercer un rôle de pouvoir et de logistique qu’elles ne peuvent endosser au travail. La toute puissance maternelle au sein de la sphère familiale !

fallait-demander– Les hommes, des toutous obéissants mais pas très intelligents
Quand les femmes anticipent et planifient, les hommes ne seraient capables que d’exécuter. Mais attention, seulement si on a pris la peine de leur donner les consignes préalables. Emma grossit le trait en ajoutant que « c’est une tendance générale des hommes de par leur conditionnement de faire les tâches qu’on leur attribue au niveau domestique […] ».
Selon moi, s’exprimer ainsi, c’est un peu (beaucoup ?) prendre les hommes pour des idiots qui veulent bien faire les choses mais seulement si on leur a dit de le faire. C’est d’ailleurs toute la définition du titre de la B.D d’Emma, « Fallait demander ».

charge mentale 1– La charge mentale et les tâches domestiques : une affaire de nana
J’ai trouvé dommage que le rédacteur de Darons Magazine ne cite que le cas des « pères solos » lorsque l’animatrice lui a demandé s’il connaissait des foyers où la charge mentale reposait exclusivement sur le père. Selon moi, on parle peu des mamans qui triment au travail, rentrent tard et délèguent, parce que pas le choix, une grosse partie du quotidien au papa. Mais dans l’émission, on préfère dire que quand les papas s’investissent, c’est plus souvent pour des tâches « récréatives » que pour les tâches ingrates comme donner le bain ou à manger, qui sont soit disant plus souvent gérées par la mère.
On ne peut nier le fait qu’au sein d’un couple de parents, la charge mentale liée à la gestion des enfants s’installe plus vite chez la mère, c’est d’ailleurs ce que dit Emma.
En effet, dès la grossesse, la femme pense en permanence à son bébé, ce qu’aura plus de mal à faire l’homme qui ne le sent pas en lui.
Néanmoins, je ne suis pas d’accord avec ce qu’elle énonce ensuite : « Tout ce qu’on fait durant la grossesse pourrait être partagé par les pères et je trouve que ce n’est pas assez partagé : le fait de parler au fœtus […], de lire des livres, de toucher le ventre, de suivre des cours de préparation à l’accouchement, se renseigner, s’immerger dans ce nouveau statut de parents devrait être suivi dès le début par les pères et c’est très peu encouragé par la société ».
Peut-être pas encouragé par les politiques, oui, si l’on a en tête qu’Emma milite pour l’allongement (et l’aspect obligatoire) du congé paternité pour lequel je ne peux que la rejoindre.
Mais dire aujourd’hui que les hommes sont peu voire pas impliqués dans leur statut de futur papa, c’est quand même sacrément exagéré, non ? Ce n’est quand même pas pour rien que le marché des « futurs papas » se développe à renfort de livres spécifiques pour eux (il faudrait que j’en fasse un article, tiens) voire de stages pour les futurs papas ! C’est bien qu’il y a une demande derrière, qui n’est pas seulement celles des femmes qui font ces cadeaux à leurs conjoints…

Au final : un regard bien rétrograde sur l’organisation familiale de notre époque
J’ai trouvé très « cliché » le regard posé sur la répartition des tâches au sein du couple par les 3 experts présents sur le plateau de France Inter et par Emma elle-même dans ses planches.
Moi qui ne pensait pas que c’était une « chance » mais plutôt la normalité d’avoir un conjoint qui anticipe autant de choses que je peux le faire moi-même (voire plus) et qui exécute tout autant à la maison. Autour de moi, je ne connais aucun couple où la femme semble en faire beaucoup plus que l’homme qu’il s’agisse des tâches ménagères ou de l’éducation des enfants (ou alors mes amies souffrent en silence !).
Bref, on n’est plus dans les années 50 où c’est monsieur qui fait bouillir la marmite que Madame a bien sagement préparé en attendant son retour ! Les rôles s’inversent de plus en plus aujourd’hui et il serait bon de le reconnaître et de valoriser autant les hommes que les femmes dans les efforts qu’ils fournissent au quotidien. Alors oui, bien sûr, il en reste encore beaucoup qui ne lèvent le petit doigt que parce qu’on leur a demandé et qui n’ont pas en tête toutes les choses que leur femme prévoit et planifie au quotidien.

Mais faut-il vraiment généraliser et faire passer tous les hommes pour des bons à rien dès lors qu’ils quittent leur travail pour franchir le seuil de leur maison ?

Des solutions à cette fameuse charge mentale ?
Quand la charge mentale est davantage supportée par l’un que par l’autre, il est nécessaire de rééquilibrer la situation avant d’éviter l’implosion. Le thérapeute familial invité au débat de France Inter nous démontre à quel point elle peut devenir un sujet de discorde permanent au sein de la famille. Faire la grève des tâches ménagères, la solution ? Très sérieusement, si beaucoup de mamans avouent l’avoir déjà tentée, ça n’est pas une solution sur le long terme !
Voici les solutions proposées par Emma et ses partenaires du débat de France Inter :


conge-paternite-petition– L’allongement du congé paternité actuel de 11 jours à 4 semaines

Cela permettrait, selon les intervenants, d’investir le papa dès le départ dans l’éducation de son enfant. Selon Sébastien Dupont, plus on acquière tôt le lien avec son enfant et plus vite on devient autonome et efficace pour les années à venir dans l’éducation de son enfant. Le thérapeute souligne l’intérêt pour le père de ne pas passer au second rôle dans l’éducation de son enfant. Si je le rejoins sur ce point, pour moi l’intérêt ne vaut que dans le cas où la mère aurait pris un congé parental long. Dans la plupart des cas, la maman est arrêtée jusqu’aux tout premiers mois de l’enfant dans le cadre du congé maternité classique. Et même si effectivement elle prend forcément plus de place que le papa durant cette période, la durée de cette dernière est trop courte et ne saurait être une excuse pour dire qu’il est ensuite « trop tard » pour les papas qui voudraient « rattraper le temps perdu » et endosser leur rôle à égalité avec la maman.
Et une fois le congé maternité terminé, il n’y a pas (ou il ne devrait pas y avoir) de raison à ce que la répartition des tâches concernant l’éducation et la gestion du foyer ne permette pas au papa de trouver sa place aussi bien que la mère.

tachemenagere2– La répartition des tâches ménagères comme en entreprise
Sébastien Dupont précise que les couples les plus égalitaires dans la gestion des tâches ménagères sont ceux qui les répartissent. Comme dans une entreprise, si chacun planifie et exécute ses propres tâches, il est forcément plus efficace car il sait à quoi s’attendre, les ressources dont il aura besoin et quand s’y mettre. En jargon ménage, cela donne : si c’est toujours moi qui doit nettoyer la salle de bains, je sais quand je dois le faire, où trouver les produits ménagers nécessaires et comment je dois m’y prendre puisque j’ai déjà l’habitude de le faire.
Autre conseil : ranger au fur et à mesure pour avoir moins à faire !
D’où l’équation suivante : une bonne répartition + un peu de rangement quotidien = moins de charge mentale = moins à planifier = moins à répartir = moins à exécuter = moins d’engueulades !

– Dialoguer en famille : la base de toute organisation familiale !
Echanger sur la vision de chacun de sa propre participation aux tâches domestiques et verbaliser ses attentes est essentiel. Il est important aussi de revoir son propre seuil de tolérance. C’est celui-là même qui nous apprendra à mieux déléguer en acceptant que tout ne puisse pas être aussi parfait que si on l’avait fait soi-même.

Quand-la-méticulosité-devient-une-mauvaise-habitude– L’éducation des petits garçons
Emma insiste sur le fait que l’on doit inciter les petits garçons à jouer à la poupée, à la dinette, leur inculquer « l’empathie et le goût du soin aux autres ». Encore, une fois je ne sois pas d’accord, voire même choquée par ces propos. C’est considérer que les hommes adultes sont dénués de ces qualités qui seraient l’apanage des femmes, plus fragiles et plus sensibles, sûrement…
Sébastien Dupont souligne également que dans les familles, on implique plus souvent les filles que les garçons dans l’apprentissage des tâches ménagères. Sur ce point, je trouve qu’il n’a pas tort. Mais je pense surtout, d’une manière générale, qu’il est important de rendre autonome et débrouillard son enfant, quel que soit son sexe, dès son plus jeune âge. Un enfant qui aura eu l’habitude très jeune de ranger ses affaires après s’en être servi et de nettoyer sa chambre ne pourra être que moins bordélique à l’âge adulte et donc plus « actif » dans la gestion des tâches ménagères du foyer qu’il fondera plus tard. Et en ce sens, j’aurais aimé que ma mère soit plus sévère à ce niveau-là, ça m’aurait sûrement été utile aujourd’hui !

Et vous, qu’en pensez-vous ? La charge mentale, ça vous parle au quotidien ?
Témoignez en commentaires !

Publié dans Papotages

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